
Cet été, pendant un mois d'août un peu plus calme, j'ai mis à profit mes compétences en Product Engineering, et ma maîtrise de l'IA, pour me créer un petit projet lié à la musique.
Ces dernières années, j'avais presque arrêté d'écouter des albums.
J'écoutais toujours beaucoup de musique, mais à travers des playlists. Les morceaux s'enchaînaient, sans savoir sur quel album ils figuraient ni ce qui venait avant ou après. J'avais gagné en variété, mais perdu en expérience.
J'ai eu envie de retrouver le plaisir d'écouter des disques musicaux en entier. Et d'en profiter pour découvrir les œuvres emblématiques que j'avais manquées.
Une clé API Spotify, trois soirées avec Claude Fable 5 et pas mal de prompts plus tard, j'ai construit Music Discovery : un mini-site bilingue qui rassemble des sélections d'albums, répartis en tops de 100 albums par genre, en permettant de sauvegarder ce qu'on a écouté et apprécié.
C'est aussi ce que j'aime avec l'IA : elle ne sert pas uniquement à automatiser des processus ou accélérer des roadmaps. Elle permet de transformer une envie personnelle en un projet numérique, soigné et amusant à construire.
Découvrir le site : https://music-discovery-emerika.netlify.app/fr/
Retrouver le plaisir d'écouter des albums
Le point de départ était volontairement simple : je voulais une liste des 100 albums essentiels à écouter au moins une fois.
Ce qui m'intéressait aussi, c'était de créer un endroit dans lequel j'aurais envie de revenir, de choisir un disque et de suivre mes (re)découvertes musicales.
Une fois le top 100 créé, je me suis vite rendu compte que j'avais envie d'explorer plus d'albums et genres. Le projet a donc grandi autour de 5 grandes familles et 8 univers (pour le moment) :
- Les 100 Essentiels, tous genres confondus ;
- Rock, et Punk comme premier sous-genre ;
- Électronique, et Techno ;
- Hip-Hop, et Rap FR ;
- Metal, pensé comme une famille prête, elle aussi, à accueillir ses propres sous-genres.
Chaque univers contient 100 albums. Comme certains disques apparaissent dans plusieurs sélections, le site rassemble au total 713 albums différents.
Chaque univers, appelé rayon comme chez un disquaire, possède son thème visuel, sa palette de couleurs, sa police d'affichage, son image d'ambiance et quelques détails graphiques propres.
Trois façons d'explorer un top 100 albums
J'aurais pu m'arrêter à une grille classique. Mais la manière de parcourir une collection participe beaucoup au plaisir de la découverte.
Chaque univers propose donc trois vues.
L'Étagère
Les pochettes reposent sur des planches de bois. Au survol, un vinyle sort légèrement de sa pochette. C'est la vue la plus directe, celle qui ressemble le plus à une collection de disques physique.
Les Époques
Une frise horizontale regroupe les albums par décennie. Elle permet de voir les mouvements apparaître, se croiser et parfois disparaître. Sur le top global, les couleurs et les illustrations changent selon l'époque.
Le Globe
Un globe 3D replace les albums sur leur pays d'origine. Il réagit aux filtres actifs et donne une autre lecture de la collection : géographique.
Dans chaque vue, je peux filtrer par genre, décennie, pays, statut d'écoute ou avis, puis trier par classement, année ou artiste. Une recherche locale complète l'exploration.
Et lorsque je n'ai pas envie de choisir, le bouton « Surprends-moi » ouvre au hasard un album que je n'ai pas encore écouté dans la sélection courante.
Une fiche pour tout savoir sur chaque album
Chaque album dispose de sa propre fiche avec sa pochette officielle, son rang, son année, son pays, son style et une courte notice expliquant pourquoi il compte.
Un lecteur Spotify intégré permet de lancer l'album sans quitter le site. Lorsqu'un disque figure dans plusieurs tops, le bloc « Dans les rayons » affiche les autres univers sous forme de tranches de vinyle colorées.
Je peux ensuite marquer l'album comme écouté et lui attribuer l'un des cinq avis suivants :
- Adoré ;
- Aimé ;
- Neutre ;
- Pas trop aimé ;
- Pas pour moi.
La page « Mes disques » rassemble ma progression globale, mes avis, l'avancement de chaque univers et tous les albums déjà écoutés.
Enfin, une recherche globale permet de chercher parmi les 713 albums.
Beaucoup de détails pour un mini-site personnel. Mais ce sont eux qui donnent envie de continuer à l'utiliser, après le plaisir initial de l'avoir construit.
Les tops ont été curatés avec l'IA
Le sujet essentiel, autant ou même plus que l'interface, c'était le contenu.
Pour chaque univers, j'ai demandé à Claude de croiser plusieurs références : le classement Rolling Stone 500, les évaluations de Rate Your Music et des sources propres à chaque scène. Nous avons ensuite travaillé les équilibres :
- représentation des différentes décennies ;
- diversité des pays et des scènes ;
- présence des principaux sous-courants ;
- plafond volontaire de deux à quatre albums par artiste selon le top ;
- cohérence entre le rang, l'influence historique et l'intérêt d'écoute ;
Chaque page se termine par un bloc « Choix assumés », qui présente les sources, les plafonds appliqués et quelques disques laissés juste au bord du rayon.
Ce que Claude Fable 5 a réellement changé
J'ai construit le projet avec Claude Fable 5, le meilleur modèle lancé par Anthropic en juin 2026 pour les tâches longues de code et de prototypage. J'aurais sans doute pu avoir un résultat proche avec Opus 5, mais je voulais tester les capacités de Fable 5 sur un projet de A à Z.
Le projet reste néanmoins très éloigné du fantasme « une phrase, une application terminée ».
Ce que l'IA a bien pris en charge
- générer rapidement les composants et les trois modes de visualisation ;
- proposer et équilibrer les tops ;
- automatiser l'intégration et l'enrichissement des données ;
- répartir la rédaction des descriptions des albums entre plusieurs agents ;
- corriger les problèmes révélés par les builds et les captures.
Ce qui est resté humain
- l'idée du projet et de ses fonctionnalités ;
- les choix de vocabulaire, les couleurs, les icônes et les ambiances ;
- la validation de chaque sélection ;
- la review pour garantir la qualité du produit fini ;
L'IA a énormément réduit la distance entre l'idée et le site. Elle n'a pas supprimé le besoin de cadrer, de vérifier et de tester.
Claude propose, mais le goût reste une décision humaine
Ce projet m'a rappelé une limite dont on parle de plus en plus dans le domaine de l'IA : le goût. L'IA peut facilement créer, mais dans cette explosion de création c'est encore nos goûts humains qui départagent les projets soignés des "AI Slop".
Nos arbitrages changent toute la personnalité et la qualité du produit :
- quelle interface pour le site ;
- quel parcours de navigation ;
- comment nommer une sélection ;
- quelle frontière tracer entre deux genres ;
- quel équilibre entre simplicité et richesse ;
Le modèle apporte de la vitesse, des références et une capacité d'exécution impressionnante. Le goût reste la capacité à dire oui, non, presque, ou « ce n'est pas encore ça ».
C'est une part importante de mon travail de Product Engineer : je ne transmets pas seulement une consigne à l'IA. Je garde la vision d'ensemble et j'assume les choix qui donnent sa cohérence au produit.
Ma boucle de travail pour concevoir ce mini-site
Après les premiers univers, ma méthode a pris la forme d'une boucle en six étapes.
1. Je choisis le nouveau genre musical
J'indique à Claude le nouvel univers, ce que j'imagine et quelles informations chercher.
2. Claude recherche le contenu
Claude fait ses recherches et me propose le top 100, ses équilibres, et assume des choix de curation. Si mon brief ne l'inclut pas, il peut aussi me suggérer une orientation visuelle, des couleurs et le prompt de l'image d'illustration.
Plus qu'un exécutant, c'est un vrai partenaire créatif.
3. Je valide et je corrige
Je relis la sélection et je tranche les questions de périmètre, de vocabulaire et d'identité. Certaines propositions passent immédiatement. D'autres provoquent une nouvelle itération.
4. Des sub-agents accélèrent la création du contenu
Pendant l'intégration de Claude dans la conversation principale, plusieurs agents travaillent sur les descriptions « Pourquoi il compte » des albums. Ce travail en parallèle accélère la tâche éditoriale volumineuse, et ne pollue pas le contexte de la conversation principale.
Cette façon de répartir le travail reprend les principes de l'agentic engineering : déléguer des tâches bien délimitées, puis vérifier leur résultat, plutôt que demander à un agent unique de tout imaginer.
5. J'enrichis avec Spotify et je finalise l'ambiance
Une fois les changements commités, je lance sur ma machine le script qui récupère les pochettes, les liens et les lecteurs Spotify. Les identifiants API ne quittent jamais mon environnement local.
Un second script audite les résultats et détecte les albums associés au mauvais disque. Je peux également épingler manuellement un identifiant Spotify lorsque la recherche automatique choisit une réédition ou un album homonyme.
Je génère enfin l'image d'ambiance.
6. Le produit est vérifié visuellement
Après le build statique, Claude effectue une première vérification avec Playwright et génère des captures à plusieurs largeurs. Il corrige ensuite les problèmes visuels qu’il détecte.
Je vérifie enfin le projet en local pour m'assurer de l'implémentation, et du travail réalisé par l'IA.
Une architecture volontairement simple
Music Discovery utilise mon framework de prédilection Nuxt 4 en génération statique, et certains modules essentiels comme Nuxt UI v4, Nuxt I18n, VueUse. Le design est assuré par Tailwind CSS, globe.gl permet la création du globe pour la vue géographique.
Le site génère environ 40 pages en français et en anglais, puis se déploie sur Netlify. La langue du navigateur est détectée côté CDN, avec l'anglais comme langue par défaut.
Il n'y a ni backend, ni compte utilisateur, ni base de données. Les albums et les configurations vivent dans des fichiers JSON versionnés avec Git.
Pour mon usage local, mes écoutes sont conservées dans un fichier que je synchronise entre mes machines avec Git. Sur la version en ligne, elles restent dans le localStorage de chaque navigateur et peuvent être exportées sous forme de fichier.
J'aurais pu ajouter une authentification, une base hébergée et une synchronisation en temps réel. Cela aurait surtout ajouté de la maintenance à un besoin qui n'en demandait pas.
La bonne architecture n'est pas la plus impressionnante. C'est celle qui correspond au problème réel.
L'IA peut aussi servir à construire des choses simplement parce qu'elles nous plaisent
Je parle souvent ici de produits SaaS, de serveurs MCP, ou de workflows d'agents. Ce sont des usages utiles, structurés, avec des enjeux de production.
Music Discovery montre une autre facette de l'usage de l'IA. Comme SIZR, mon application de redimensionnement de fenêtres ou Agent Deck, mon tableau de bord pour suivre mes agents IA, Music Discovery est né d'une envie personnelle très concrète.
C'est bien sûr aussi une démonstration de ce que je sais faire professionnellement : partir d'une intention encore floue, la transformer en produit cohérent, choisir une architecture proportionnée, diriger les agents, contrôler leur travail et apporter une sensibilité que le code ne contient pas tout seul.
Le lien de Music Discovery : https://music-discovery-emerika.netlify.app/fr/
Et vous, quel petit projet personnel construisez-vous maintenant que l'implémentation ne constitue plus le principal obstacle ?
📌 Vous avez une idée de produit à cadrer et à transformer en application ? Je peux la concevoir, la développer et la livrer de bout en bout avec une approche de Product Engineering.
Source
- Anthropic, « Claude Fable 5 and Claude Mythos 5 ».